I. Introduction
Le système endocrinien (endo : à l’intérieur et
krinein : sécréter) constitue un des deux grands systèmes
de communication de l’organisme, l’autre étant le système
nerveux. Son rôle est essentiel lors du développement, pour
la réalisation de certaines grandes fonctions physiologique et de
l’homéostasie (c’est à dire le maintien relativement constant
du milieu intérieur). Le système endocrinien (SE) se compose
d’organes sécréteurs « les glandes endocrines »
qui synthétisent et libèrent dans l’organisme des hormones.
Ces dernières sont des messagers chimiques véhiculés
par le sang jusqu'à des cellules sur lesquelles les hormones agissent.
On qualifie en général les cellules et organes sensibles
aux hormones, des cellules ou des organes cibles.
Plutôt que d’étudier de manière systématique
l’ensemble du SE, cet exposé tente de présenter le SE en
suivant le fil conducteur du cheminement des hormones depuis leur production
par les cellules sécrétrices jusqu'à leur action sur
les cellules des organes cibles.
II. Les glandes endocrines sécrètent dans le sang trois grandes catégories d’hormones.
1) Les glandes endocrines. Plusieurs structures anatomiques
font partie des glandes endocrines (Tableau 1), mais seulement un petit
nombre sont de « véritables » glandes endocrines, c’est
à dire des structures spécialisées uniquement dans
la sécrétion des hormones. Parmi les « véritables
» glandes endocrines on peut citer la thyroïde, l’adénohypophyse
ou encore les surrénales... D’autres organes sont capables d’assurer
à la fois une fonction endocrine et un autre rôle physiologique
; il s’agit par exemple de l’hypothalamus, du coeur ou des gonades...
Afin de rendre compte de la complexité du SE, on peut noter
(i) qu’une même glande endocrine (qu’elle soit « véritable
» ou non) peut sécréter plusieurs hormones, (ii) qu’une
hormone donnée peut avoir des effets différents sur différentes
cellules cibles, (iii) qu’un processus physiologique peut être contrôlé
par plusieurs hormones et enfin, (iv) qu’il est fréquent que différentes
structures endocrines agissent les unes sur les autres afin de moduler
leurs fonctionnements.
2) Les différents types d’hormone. Le SE fait intervenir
plusieurs dizaines de messagers intercellulaires différents (Tableau
1) dont la sécrétion peut être déclenchée
par des stimulations produites par des influx nerveux, des variations homéostatiques
(concentration en ions, en nutriments...), des variations environnementales
(stress) ou même d’autres hormones. Les messagers moléculaires
endocriniens peuvent se répartir en trois groupes en fonction de
leurs natures biochimiques et de leurs mécanismes d’action :
a) Les hormones peptidiques. Ce sont
des petites protéines qui, après traduction de leurs gènes
en ARNm, sont synthétisées par les ribosomes du réticulum
endoplasmique granulaire et empaquetées par l’appareil de Golgi
dans des vésicules sécrétoires. Ces vésicules
permettent aux hormones de franchir la bicouche lipidique de la membrane
plasmique puisque les peptides hydrosolubles ne franchissent pas la bicouche
de lipides hydrophobes. Une fois sécrétées dans le
sang, les hormones peptidiques y circulent librement. Elles agissent sur
les cellules cibles par l’intermédiaire de récepteurs protéiques
traversant la membrane plasmique des cellules cibles (Fig.
1). Les récepteurs sont spécifiques pour une hormone
donnée mais une hormone peut avoir plusieurs types de récepteurs
membranaires.
b) Les hormones stéroïdes.
Ce sont des lipides synthétisés dans le cytosol à
partir du cholestérol, ils traversent sans difficulté la
bicouche lipidique puisque les hormones stéroïdes sont lipophiles.
A cause de cette nature lipophile (et donc hydrophobe), les stéroïdes
doivent se complexer avec des protéines plasmatiques afin d’être
transportés par le flux sanguin (Fig.
1). Le complexe stéroïde-protéine est inactif, seule
l’hormone stéroïde libre a une action endocrine. La protéine
« de transport » ne libère l’hormone stéroïde
qu’au niveau des capillaires sanguins qui irriguent les organes cibles.
Une fois libérée de la protéine de liaison, le stéroïde
traverse la paroi du capillaire. Au contact de leurs cellules cibles, les
stéroïdes franchissent la membrane plasmique et interagissent
avec des récepteurs intracellulaires afin de modifier l’expression
génique de la cellule cible.
c) Les hormones monoaminées.
Elles dérivent presque toutes d’un acide aminé la tyrosine,
ce sont donc de petites molécules. Il s’agit entre-autre de l’adrénaline,
de la noradrénaline, de la dopamine et de la mélatonine (cette
dernière est synthétisée à partir de l’acide
aminé tryptophane qui est transformé en sérotonine
avant de donner la mélatonine). Ces molécules constituent
un sous-groupe d’hormone aminée, en vertu de leur mécanisme
d’action sur les cellules cibles qui est comparable à celui des
hormones peptidiques. En effet, ces hormones aminées circulent librement
dans le sang et agissent sur les cellules cibles par l’intermédiaire
de récepteurs spécifiques transmembranaires. Certaines d’entre
elles (NA et DA) existent aussi dans le système nerveux où
elles fonctionnent non pas en tant qu’hormone mais comme neurotransmetteur.
L’autre sous-groupe d’hormones monoaminées dérivées
de la tyrosine est constitué par les hormones thyroïdiennes.
Les deux principales sont la triiodothyronine (T3) et la thyroxine (T4
ou tétraiodothyronine) leurs caractéristiques principales
sont : (i) elles contiennent des atomes d’iode, (ii) elles sont liées
à des protéines plasmatiques pendant leur transport sanguin
(ce qui les inactives transitoirement) et (iii) elles agissent sur des
récepteurs intracellulaires et modifient l’expression des gènes
comme le font les stéroïdes (Fig.
1).
TABLEAU 1. Classification des hormones selon leur nature biochimique
et leur origine
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Hormones Peptidiques
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Ocytocine | Hypothalamus |
| Vasopressine | " | |
| CRH ou Corticolibérine | " | |
| GnRH ou Gonadostimuline | " | |
| GHRH ou Somatocrinine | " | |
| GHIH ou Somastatine | " | |
| TRH ou Thyrotrophine | " | |
| ACTH ou hormone corticotrope | Adénohypophyse | |
| FSH ou Folliculostimuline | " | |
| LH ou hormone lutéinisante | " | |
| TSH ou hormone thyréotrope | " | |
| GH ou hormone de croissance | " | |
| MSH ou hormone mélanotrope | " | |
| Prolactine | " | |
| Insuline | Pancréas (Ilots de Langerhans) | |
| Glucagon | " | |
| Parathormone | Parathyroïdes | |
| Calcitonine | Thyroïde | |
| CCK ou Cholescystokinine | Duodénum | |
| Entégastrone | " | |
| Sécrétine | " | |
| Gastrine | Estomac | |
| NAF ou facteur natriurétique atrial | Cœur | |
| EPO ou Erytropoïétine | Foie et Reins | |
| Angiotensine (Angiotensinogène) | Foie | |
| Facteurs de croissances | Multiples types cellulaires | |
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Hormones Stéroïdes
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Minéralocorticoïdes (aldostérone) | Cortico-surrénales |
| Glucocorticoïdes | " | |
| Androgènes (androsténedione) | " | |
| Progestérone | Ovaires | |
| Oestrogènes | " | |
| Testostérone | Testicules | |
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Hormones Monoaminées
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T3 ou triiodothyronine | Thyroïde |
| T4 ou thyroxine | " | |
| Dopamine | Hypothalamus | |
| Adrénaline | Médullo-surrénales | |
| Noradrénaline | " | |
| Mélatonine | Epiphyse |
III Modes d’action cellulaire des hormones.
En raison de leur transport par voie sanguines, on pourrait s’attendre à une action non sélective des hormones dans l’organisme, puisqu’elles peuvent atteindre quasiment tous les organes irrigués par le sang. En fait il n’en est rien, une hormone n’agit pas globalement mais spécifiquement dans le corps. Seules les cellules cibles de l’hormone y sont sensibles car elles seules possèdent des récepteurs spécifiques de l’hormone (Fig. 1). En d’autres termes, c’est la présence du récepteur hormonal qui confère à la cellule cible sa sensibilité vis à vis de l’hormone. Comme on l’a vu plus haut, ces récepteurs sont présents soit dans la membrane plasmiques pour hormones peptidiques, l’adrénaline, la dopamine, la noradrénaline et la mélatonine (Fig. 1, cellule cible A), soit dans la cellule pour les stéroïdes et les hormones thyroïdiennes (Fig. 1, cellule cible B).
1) Action via les récepteurs transmembranaires.
Les récepteurs sont des protéines qui participe au passage
de l’information véhiculée par l’hormone vers le cytoplasme,
sans que celle-ci ne pénètre à l’intérieur
de la cellule cible. La fixation de l’hormone sur la face externe du récepteur
active ce dernier, à la suite de la reconnaissance spécifique
entre l’hormone et son site de liaison sur le récepteur. Cette reconnaissance
est un contact physique basé sur un principe de complémentarité
de forme, similaire à un système de clef et de serrure. L’interaction
hormone/récepteur peut conduire à des réponses immédiates
ou très légèrement différées :
Les réponses immédiates résultent
de l’ouverture de canaux ioniques inclus dans la structure des récepteurs
membranaires que l’on qualifie de récepteurs-canaux ou récepteurs
ionotropiques. Une fois ouverts, les canaux ioniques donnent naissance
à des courants ioniques transmembranaires qui modifient les propriétés
électrophysiologiques des cellules cibles (Fig.
2). Ce type de réponse cellulaire apparaît en quelques
millièmes de seconde, mais n’est pas majoritaire dans le système
endocrinien.
Les réponses différées apparaissent
lorsque le récepteur n’est que le premier maillon d’une chaîne
de molécules appelée système de transduction (Fig.
3) qui réalise le transfert de l’information hormonale dans
milieu intracellulaire. Dans ce cas, le récepteur appartient à
la classe des récepteurs métabotropiques. Le système
de transduction se compose typiquement de trois éléments
: le récepteur, d’un système protéique de couplage
et d’une ou plusieurs protéines effectrices. Le système de
couplage est un processus moléculaire complexe (que ne nous ne développerons
pas ici) qui associe le récepteur à la (aux) protéine(s)
effectrice(s). Le système de couplage est localisé sur la
face interne de la membrane plasmique et transmet à l’effecteur
de l’information reçue par le récepteur. Les protéines
effectrices sont des enzymes qui, une fois stimulées, catalysent
la synthèse de vecteurs intracellulaires porteurs de l’information
amenée à la cellule cible par l’hormone. Ces vecteurs sont
appelées seconds messagers par analogie avec l’hormone qui est le
premier messager. Parmi les principaux seconds messagers, citons le calcium,
l’AMPc, le diacylglycérol et l’inositol triphosphate (IP3).
Dans la plupart des cas, les seconds messagers vont
provoquer de manière plus ou moins directe la phosphorylation de
protéines qui existent déjà dans la cellules. La phosphorylation
est la fixation d’atomes de phosphore sur les protéines. Cette réaction
biochimique est catalysée par des enzymes particulières,
les kinases, qui sont activées plus ou moins directement par les
seconds messagers (Fig. 3). La phosphorylation
des protéines a pour conséquence de transformer leurs activités
biologiques et c’est ainsi que les hormones agissent sur leur cellules
cibles. L’ensemble des effets cellulaires produisent l’impact physiologique
d’une hormone donnée. Comme les cibles moléculaires des hormones
qui agissent via les récepteurs transmembranaires, sont des protéines
préexistantes, l’effet endocrinien se développe rapidement
en quelques secondes ou quelques minutes.
2) Action via des récepteurs intracellulaires. Comme
on l’a énoncer plus haut, les hormones stéroïdes et
thyroïdiennes traversent la membrane plasmique de leurs cellules cibles
(Fig. 1). Elles n’ont donc pas besoin
de récepteurs transmembranaires. Une fois entrées dans la
cellule, les hormones continuent leur trajet puisqu’elles franchissent
la membrane nucléaire et interagissent via des récepteurs
protéiques avec le génome (Fig.
4). Il existe quand même une différence entre les mécanismes
d’action des deux catégories d‘hormones reconnues par des récepteurs
intracellulaires :
Dans le cas des stéroïdes, ces hormones
liposolubles et hydrophobes se lient à des récepteurs cytosoliques
et c’est le complexe hormone/récepteur qui migre ensuite dans le
noyau (les récepteurs des stéroïdes jouent, dans le
cytoplasme, le même rôle que les protéines plasmatiques
qui lient les stéroïdes pour permettre leur transport sanguin).
Par contre, les hormones thyroïdiennes atteignent librement le noyau
et reconnaissent des récepteurs nucléaires présents
en permanence sur la séquence d’ADN cible.
Comme pour les récepteurs transmembranaires,
la liaison d’une hormone stéroïde ou thyroïdienne sur
son récepteur spécifique active celui-ci. Le récepteur
activé agit alors sur une séquence d’ADN particulière,
« l’élément de réponse » à l’hormone
(Fig. 5). Cet « élément
de réponse » est localisé dans la région du
« promoteur » d’un gène cible. Le promoteur étant
la partie du gène qui régule son expression, la fixation
du complexe hormone/récepteur sur l’élément de réponse
modifie le taux de transcription de ce gène en ARN messager. Comme
les hormones stéroïdes et thyroïdiennes ont des récepteurs
spécifiques et que chacun de ces récepteurs reconnaît
un élément de réponse propre, alors chaque hormone
a un effet différent sur le génome. Ainsi, les hormones stéroïdes
et thyroïdiennes stimulent ou inhibent la synthèse de protéines
spécifiques dans les cellules cibles et transforme leurs fonctionnement
(Fig.4). Cet impact nécessite quelques
heures pour se développer, mais l’effet est durable.
3) Modulation de la sensibilité hormonale des cellules cibles.
En raison du retentissement important des hormones sur la physiologie de
la cellule, celles-ci peuvent moduler négativement ou positivement
leur niveau de sensibilité hormonale. Le mécanisme de modulation
le mieux connu concerne les récepteurs : L’augmentation du nombre
de récepteur élève la capacité de réponse
de la cellule cible alors qu’une réduction du nombre de récepteur
provoque une hyposensibilité. En général, l’accroissement
des récepteurs découle d’une exposition prolongée
des cellules à une faible concentration de l’hormone correspondant
au récepteur ; inversement une surexposition hormonale entraîne
une disparition des récepteurs.
Il est important de noter qu’une hormone donnée
peut induire non seulement la régulation à la hausse ou à
la baisse de ses récepteurs mais aussi des récepteurs d’autres
hormones. On retrouve ici une illustration de la complexité du fonctionnement
du système endocrinien où l’efficacité d’une hormone
dépend d’une autre hormone. En voici deux exemples : (i) les hormones
thyroïdiennes ont une action permissive sur l’hormone de croissance
en contrôlant la synthèse des récepteurs de cette dernière
; c’est pourquoi les déficiences en hormones thyroïdiennes
provoque le nanisme par défaut de récepteur à l’hormone
de croissance. (ii) de manière similaire, les hormones thyroïdiennes
renforcent l’effet de l’adrénaline sur les adipocytes (Fig.
6).
IV Effets physiologiques des hormones.
Les différents mode d’actions cellulaires présentés ci-dessus permettent aux hormones d’influer sur les grandes fonctions physiologiques. Les principales influences hormonales sont répertoriées à l’aide du tableau suivant (tableau 2) :
TABLEAU 2.
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| Ocytocine | Utérus et glandes mammaires | Contractions utérines et excrétion du lait |
| Vasopressine | Reins | Stimule la réabsorption de l’eau |
| CRH | Adénohypophyse | Stimulation de la sécrétion d’ACTH |
| GnRH | " | Stimulation de la sécrétion de FSH et LH |
| GHRH | " | Stimulation de la sécrétion de GH |
| GHIH | " | Inhibition de la sécrétion de GH et TRH |
| TRH | " | Stimule la sécrétion de TSH et prolactine |
| ACTH | Cortico-surrénales | Stimulation de la sécrétion des stéroïdes |
| FSH | Gonades | Stimule la reproduction et la sécrétion des hormones sexuelles |
| LH | " | " |
| TSH | Thyroïde | Stimulation de la sécrétion de T3 et de T4 |
| GH | Os et autres tissus | Stimule la croissance et le métabolisme énergétique |
| MSH | Mélanocytes | Pigmentation cutanée |
| Prolactine | Seins | Développement des seins et synthèse du lait |
| Insuline | Muscles, foie, tissu adipeux | Stimule le stockage et l’utilisation cellulaire du glucose |
| Glucagon | Nombreux type cellulaires | Stimule le déstockage du glucose |
| Parathormone | Os et reins | Homéostasie Ca++ |
| Calcitonine | Os | Calcification, homéostasie Ca++ |
| CCK | Appareil digestif | Stimule la sécrétion de bile |
| Entégastrone | " | Inhibe la sécrétion de suc pancréatique |
| Sécrétine | " | Stimule la sécrétion de suc pancréatique |
| Gastrine | " | " |
| NAF | Reins | Contrôle la sécrétion de Na+ |
| EPO | Moelle osseuse | Production de globules rouges |
| Angiotensine | Reins, surrénales | Contrôle la pression artérielle |
| Facteurs de croissances | Multiples types cellulaires | Survie, prolifération et différenciation |
| Minéralocorticoïdes | Reins | Homéostasie Na+, K+ et H+ |
| Glucocorticoïdes | Muscles, foie, tissu adipeux... | Stimule le métabolisme énergétique |
| Androgènes | Gonades | Stimule la fonction reproductrice |
| Progestérone | Appareils reproducteurs | Maturation et fonctionnement des organes sexuels, caractères sexuels secondaires |
| Oestrogènes | " | " |
| Testostérone | " | " |
| T3 | Cerveau, muscles, foie... | Stimule le développent cérébral et le métabolisme énergétique |
| T4 | ||
| Dopamine | Adénohypophyse | Contrôle la production de prolactine |
| Adrénaline | Muscles, foie, cœur, artères... | Stimule le métabolisme énergétique et la fonction cardiovaculaire |
| Noradrénaline | " | " |
| Mélatonine | Cerveau | Rythmes biologiques |
V. Un exemple de contrôle endocrinien : la reproduction.
La régulation hormonale de la reproduction humaine fait intervenir l’hypothalamus qui sécrète la GnRH, l’adénohypophyse qui sécrète la FSH et la LH, les gonades qui sécrètent les hormones sexuelles et les cortico-surrénales qui sécrètent les androgènes. Tous ces structures agissent les unes sur les autres pour assurer le développement et maintien de la fonction reproductrice. Pour schématiser, l’hypothalamus stimule les sécrétions de l’adénohypophyse par la GnRH, l’adénohypophyse stimule ensuite les gonades via la FSH et LH et enfin les gonades exercent un rétrocontrôle hormonale sur l’hypothalamus et l’adénohypophyse.
1) Régulation endocrine de la reproduction chez l’homme.
Dans les testicules, deux types cellulaires sont les cibles de l’axe hypothalamo-hypophysaire
: les cellules de Sertoli qui soutiennent la maturation des spermatozoïdes
et les cellules de Leydig qui produisent la principale hormone sexuelle
mâle, la testostérone.
Le complexe hypothalamus/adénohypophyse agit
en deux temps puisque l’hypothalamus d’abord stimule, grâce à
la GnRH, l’adénohypophyse qui, ensuite, répond à cette
stimulation en libérant la FSH et la LH (Fig.
7). Arrivées aux testicules, la FSH a pour cibles les cellules
de Sertoli qui stimulent alors la spermatogenèse, alors que la LH
agit sur les cellules de Leydig pour qu’elles sécrètent la
testostérone. (Fig. 7).
La testostérone est une hormone multi-fonctionnelle
car (i) elle agit localement sur les cellules de Sertoli (action paracrine)
afin de participer à la stimulation de la spermatogenèse,
(ii) elle permet la différenciation, la croissance et le fonctionnement
des organes reproducteurs, (iii) elle est responsable des caractères
sexuels secondaires masculins (pilosité, mue de la voie, sécrétions
épaisses des glandes sébacées favorisant l’acné,
musculature par effet anabolisant, pulsions sexuelles et comportement agressif)
et (iv) elle exerce un rétrocontrôle inhibiteur sur l’hypothalamus
et l’adénohypophyse.
Le rétrocontrôle effectué par
la testostérone régule à la baisse la sécrétion
hypothalamique de GnRH ce qui conduit à une réduction de
la libération de FSH et LH. Mais en plus, la testostérone
inhibe directement la libération de LH par l’adénohypophyse.
Par contre, la testostérone n’affecte pas la FSH, c’est une autre
hormone sexuelle, l’inhibine produite par les cellules de Sertoli, qui
freine la sécrétion hypophysaire de FSH (Fig.
7).
Deux autres hormones jouent des rôles un peu
plus annexe dans la régulation de la sexualité masculine.
Il s’agit des androgènes surrénaux et de la prolactine. Les
premiers participent à l’acquisition des caractères sexuels
secondaires, mais sont bien moins puissant que la testostérone à
laquelle ils sont biochimiquement apparentés (la testostérone
est aussi un androgène). La prolactine potentialise les effets de
la LH sur les cellules de Leydig et les effets de la testostérone
sur ses cibles.
2) Régulation endocrine de la reproduction chez la femme.
Les ovaires produisent des ovules de manière cyclique. Le cycle
de 28 jours est séparé en deux parties par l’ovulation. La
phase près-ovulatoire est la phase folliculaire, la phase post-ovulatoire
est la phase lutéale. L’ovocyte se développe dans un follicule
ovarien pendant la phase folliculaire alors que le corps jaune apparaît
puis dégénère (s’il n’y a pas de fécondation)
pendant la phase lutéale. Comme chez l’homme, la régulation
endocrine de la reproduction fait intervenir un « dialogue hormonale»
entre le complexe hypothalamus/adénohypophyse et les gonades, mais
ce « dialogue » est bien plus compliqué chez la femme.
En effet, si la GnRH entraîne bien les sécrétions
de FSH et de LH (comme chez l’homme) l’ampleur des sécrétions
fluctuent au cours du cycle à cause de rétrocontrôles
négatifs et positifs induits, par les hormones ovariennes, sur l’axe
hypothalamo-hypophysaire (Fig. 8).
a) Pendant la phase folliculaire. La
production de LH et FSH est stimulée par la GnRH de façon
constante au cours de la première partie de la phase folliculaire
(Fig. 8). Ceci conduit à une sécrétion également
constante des hormones sexuelles (essentiellement les oestrogènes
car les ovaires ne sécrètent quasiment pas de progestérone
pendant la phase folliculaire). Comme dans les testicules, la LH et la
FSH ont des cibles différentes : la LH agit sur les cellules de
la couche externe du follicule ovarien, la thèque, alors que la
FSH agit sur la couche interne, la granulosa (Fig.
9). Ces deux hormones stimulent la prolifération cellulaire
dans la thèque et la granulosa et les sécrétions endocrines
de ces dernières. Ainsi, la LH induit la sécrétion
d’androgènes par la thèque, ces androgènes migrent
dans la granulosa ou ils subissent une conversion enzymatique en oestrogènes
(Fig. 10). La granulosa assure aussi sa
propre synthèse d’oestrogènes qui est déclenchée
par la FSH. De plus, comme chez l’homme, la FSH provoque la libération
d’inhibine (Fig. 10). En raison de l’effet prolifératif de la LH
et de la FSH sur les cellules de la thèque et de la granulosa, la
production d’oestrogènes s’accroît avec la taille du follicule
à la fin de la phase folliculaire (Fig.
8).
Les deux hormones sexuelles de la phase folliculaire
exercent des rétrocontrôles sur l’axe hypothalamo-hypophysaire
: l’inhibine agit négativement sur l’adénohypophyse afin
de réduire la libération de FSH, pendant toute la phase folliculaire
(Fig. 11). Les oestrogènes développent
une action en deux temps puisqu’en début de phase, alors que la
concentration en oestrogènes est faible, ils freinent la sécrétion
de GnRH, FSH et LH et inversent la nature de leur rétrocontrôle
en fin de phase. En effet, à ce moment là, la concentration
plasmatique des oestrogènes est maximale et provoque un rétrocontrôle
positif sur l’axe hypothalo-hypophysaire (Fig. 11). Ce rétrocontrôle
positif permet une libération accrue de LH et FSH en fin de phase
de folliculaire (Fig. 10) et c’est finalement
le pic de concentration de LH qui déclenche l’ovulation et la formation
du corps jaune.
b) Pendant la phase lutéale. Avec
l’ovulation, le follicule ovarien est rompu, les sécrétions
d’oestrogènes, de LH et de FSH s’effondrent. Rapidement les vestiges
du follicule se transforment en corps jaune qui produit alors de la progestérone
et des oestrogènes. C’est pourquoi une nouvelle élévation
de la concentration en oestrogènes apparaît pendant la phase
lutéale (Fig. 10). S’il n’y a pas
de fécondation, le corps jaune régresse, les concentrations
plasmatiques en oestrogènes et progestérone chutent et un
nouveau cycle s’enchaîne.
c) les autres effets hormonaux. La progestérone
et les oestrogènes agissent sur la croissance et la physiologie
des organes génitaux externes, du vagin, des trompes de Fallope,
des seins et ils assurent l’apparition de la silhouette féminine
(répartition des graisses sur les hanches et les seins, épaules
étroites, hanches larges...). Les pulsions sexuelles, quant à
elles, impliquent les androgènes surrénaux (androsténedione)
comme l’indiquent le fait qu’elles persistent à la ménopause
alors que la sécrétion des oestrogènes est très
faible. Ces androgènes sont responsables aussi de la répartition
corporelle de la pilosité.
Par soucis de concision, cet exposé se concentre sur les régulation endocrines affectant les ovaires mais ne décrit pas, en détail, les impacts hormonaux sur l’utérus lors du cycle menstruel. A propos de ceux-ci, nous pouvons retenir que les oestrogènes stimulent la croissance de l’endomètre et du myomètre utérins avant l’ovulation et que la progestérone stimule les sécrétions de l’endomètre après l’ovulation. S’il n’y a pas de fécondation, les concentrations d’oestrogènes et progestérone chutent provoquant la menstruation. La progestérone joue un rôle majeur en cas de fécondation. Elle réduit les contactions utérines permettant l’implantation de l’ovule fécondé et ,ensuite, elle évite un accouchement prématuré en maintenant « l’immobilité utérine ».