LA MEMOIRE

 La mémoire est un système de stockage et de récupération d'informations qui nous permet de connaître, de nous repérer et d'évoluer dans le monde qui nous entoure. Dans le système mnésique, les informations traitées superficiellement se mémorisent bien moins que les informations traitées en profondeur et associées à des connaissances existantes. Plus il y a d'association entre nouveautés et ce qui est déjà connu, meilleur est l'apprentissage.
 
 

A. CLASSIFICATION NEUROPSYCHOLOGIQUE DE LA MEMOIRE

I Mémoire à court terme.
C'est la mémoire Iaire ou mémoire de travail (mémoire tampon), sa capacité est limitée mais elle permet de manipuler des informations afin de réaliser des taches cognitives comme le raisonnement et la compréhension. Les informations sont disponibles uniquement de manière temporaire.
 Cette mémoire n'est pas le passage obligatoire vers les autres types de mémoires regroupés sous l'appellation " mémoires à long terme".

II Mémoire à long terme.
 Mémoire IIaire : permet le codage et stockage durable des informations de manière organisée. Cette mémoire se divise en:
    1) Mémoire explicite (déclarative) concernant les souvenirs consciemment exprimés, elle garde les événements liés à l'apprentissage. Elle regroupe les mémoires sémantiques et épisodiques.
        a) Mémoire épisodique (autobiographique, affective) : c'est l'histoire personnelle du sujet, elle est essentielle à l'orientation spatio-temporelle et à ce titre les amnésies qui la touchent sont particulièrement invalidantes en causant une désorientation spatio-temporelle.
        b) Mémoire sémantique : le savoir, la culture d'un sujet, elle peut être considérée comme étant un résidu de la mémoire épisodique dégagée de son contexte affectif et de ses références personnelles.
 Ce type de mémoire permet l'apprentissage et une consolidation variable des souvenirs en fonction de leur poids émotionnel et de leur répétition.

la mémoire à long terme repose sur le circuit de Papez tant sur le plan de l'apprentissage que sur celui du renforcement. Ce circuit unit le cortex sensoriel qui a reçu l'information, l'hippocampe (face interne lobe temporale, ou convergent les informations sensorielles), le fornix, les corps mammillaires, le thalamus, le gyrus cingulaire (cortex péri-limbique). Elle est touchée par l'amnésie antérograde (ou amnésie hippocampique, oubli à mesure).

    2)  Mémoire implicite qui est inconsciente, on apprend sans retenir l'expérience de l'apprentissage. Elle est impliquée dans le conditionnement. Elle nous permet de réaliser des taches automatiques comme jouer au tenis, attacher un lacet...) Elle se subdivise en :
         a) Mémoire procédurale ou mémoire motrice car elle assure l'acquisition de savoir faire, de compétence du sujet. Elle n'est pas touchée par l'amnésie antérograde liée aux lésions du circuit de Papez mais elle est affectée par des lésions du cervelet et des noyaux de la base survenant par exemple dans des maladies neurodégénératives comme Huntington qui touche le striatum.
        b) Mémoire émotive : Son centre névralgique est l'amygdale qui reçoit des informations par deux circuits (thalamique et cortical).
Les informations thalamiques véhiculent une perception grossière et rapide d'une situation, alors que les réseaux corticaux donnent une représentation détaillée. Ces derniers circuits sont longs, ils passent par le thalamus puis le cortex avant d'atteindre l'amygdale; ils sont donc lents. Ces deux voies de la mémoire émotionnelles ont des contraintes temporelles distinctes : une rapide (thalamique), une lente (corticale).
Face à une émotion le thalamus active simultanément le cortex et l'amygdale. Ce qui fait naître immédiatement des réactions émotionnelles dans l'amygdale avant même que nous ayons identifié le stimulus émotionnel. Le circuit court thalamo-amygdalien est donc utile lorsqu'il faut réagir vite. Dans un deuxième temps, le traitement de l'information par la voie longue corticale permet la vérification de la situation afin de la renforcer si c'est un véritable stimulus émotionnel (oui c'est un serpent) ou de neutraliser la réaction de peur si c'est une erreur (non c'est un bout de bois).
 La mémoire émotionnelle passe par l'amygdale alors que la mémoire explicite passe par l'hippocampe. Cette différence explique pourquoi nous ne nous souvenons pas des traumatismes qui se sont produits au début de la vie. En effet, l'hippocampe est encore immature lorsque l'amygdale est déjà capable de stocker des souvenirs inconscients. Un traumatisme précoce pourra perturber les fonctions mentales et comportementales d'un adulte par des mécanismes inaccessibles à la conscience.

    3) Mémoire IIIaire est constituée par les souvenirs ayant fait l'objet d'une consolidation. C'est la mémoire des faits anciens qui deviennent indépendant du circuit de Papez. Plus particulièrement, il y a désengagement du système limbique. Les souvenirs sont alors localisés non pas sur le circuit de Papez mais dans des zones spécifiques du cortex qui correspondent aux zones où les informations sensorielles qui sont à l'origine des souvenirs, ont été reçues (le cortex occipital pour les souvenirs visuels, temporale pour les souvenirs auditifs ....).
Elle concerne surtout des souvenirs de la mémoire sémantique et un peu moins la mémoire épisodique car son organisation est moins bonne donc plus susceptible à l'oubli. De plus, la mémoire épisodique est moins sujette à la répétition qui lui assurerait une bonne consolidation. En fait ce qui permet la consolidation des souvenirs épisodiques est leurs poids émotionnels.

III La métamémoire
 C'est la conscience et le jugement que l'on a à propos de sa propre mémoire et de ses performances mnésiques. La métamémoire est plus en relation avec le psychisme qu'avec la mémoire réelle : Par exemple c/o les dépressifs graves, les plaintes mnésiques sont importantes. Lorsque l'état dépressif s'améliore le patient juge que sa mémoire est meilleure alors que les tests mnésiques ne détectent aucune amélioration.
 
 

B. LA MEMOIRE CELLULAIRE

 On vient de voir que la mémoire est fondée sur la mise en jeu de circuits neuronaux (Papez et ganglions de la base). Ces circuits codant les souvenirs ne sont pas des réseaux figés mais correspondent à des ensembles de neurones actifs à un moment donné (création du réseau au moment de l'apprentissage, stimulation de celui-ci lors du rappel du souvenir). La création du souvenir et donc du réseau neuronal est dépendante de processus cellulaires qui seraient la mémoire de la cellule. L'un de ces processus est la plasticité synaptique.

La plasticité synaptique repose sur le principe que lorsque 2 neurones sont connectés par une synapse plastique, l'efficacité de la transmission synaptique est fonction de l'activité passée des neurones. Il existe deux grandes formes de plasticité synaptique découvertes toutes deux dans les diverses structures cérébrales de la mémoire. Il s'agit de la LTP (potentialisation à long terme) et la LTD (dépression à long terme).
 La LTP est le fait qu'à la suite de stimulations répétées du neurone postsynaptique, une stimulation unique du neurone présynaptique entraîne une réponse facilitée, accrue qui perdure jusqu'à une dizaine d'heures. La LTD est le phénomène inverse qui conduit à la mise sous silence de la synapse. Elle joue un rôle important dans le cervelet, lors de la mémoire implicite procédurale, ou les réseaux neuronaux impliqués dans des mouvements erronés sont inhibés par la mise sous silence de leurs connections synaptiques. La LTD permet de corriger les procédures motrices lors de l'apprentissage d'un savoir-faire.

 Mécanismes de la plasticité synaptique. Même si les mécanismes intimes de la LTP et de la LTD diffèrent, le principe des ces plasticités est le même: Le neurotransmetteur libéré par le neurone présynaptique agit sur les protéines réceptrices du neurone postsynaptique afin d'assurer le passage de l'information nerveuse (qui est une modification des propriétés électriques du neurone postsynaptique), mais en plus il active un groupe de molécules qui vont déclencher des réactions en chaîne. Ces réactions modifient soit les propriétés des molécules réceptrices (+/- sensible), soit, par une action en retour sur le neurone postsynaptique, la libération du neurotransmetteur.
 Ces processus chimiques affectant la synapse, à proprement parler, durent tout au plus une journée. Ils ne suffisent donc pas à expliquer la stabilisation de souvenir sur des périodes allant jusqu'à plusieurs années. En fait, la plasticité s'accompagne aussi de l'activation de gènes nécessaires à la synthèse de protéines qui participent à des changements drastiques au niveau de la structure des synapses (leurs nombres et leurs surface augmentent). Ce sont les modifications structurelles des contacts synaptiques au sein d'un circuit représentant un souvenir qui assurent donc la conservation de ce souvenir aux fils des ans.

OUBLI ET INTERFERENCES

 L'oubli physiologique est nécessaire pour éliminer toutes les informations traitées quotidiennement (en particulier par la mémoire de travail) et qui sont inutiles pour l'avenir. L'oubli serait dû à des interférences entre souvenirs anciens et informations récentes : il y une compétition entre l'apprentissage nouveau et les connaissances anciennes. Dans l'interférence rétroactive, les nouveautés tendent à effacer les souvenirs plus anciens. Et inversement dans l'interférence proactive se sont les souvenirs plus anciens qui empêchent une bonne mémorisation des faits nouveaux.
 Exemple rétroactif : allemand appris à l'école s'estompe au profit de l'anglais lors de séjour dans des pays anglophones.
 Exemple proactif : le C sur les robinets en angleterre signifie cold (froid) mais on se fait souvent piégé sous la douche car on assimile C à chaud qui est bien consolidé et bloque l'assimilation du C pour cold.
 Au total, les interférences rétroactives et proactives permettent une mise à jours des connaissances du monde : les informations nouvelles prennent le pas sur certaines informations anciennes (rétroaction) sans pour autant toutes les effacer (proaction).

LES AMNESIES

I L'amnésie antérograde.
 Elle apparaît à la suite arrêts cardiaques, asphyxies, crises d'épilepsie, encéphalites herpétiques, traumatismes crâniens...
C'est l'incapacité de mémoriser des faits nouveaux et donc d'apprendre. A la suite d'une lésion affectant le circuit de Papez, on oublie tous les faits nouveaux liés à la mémoire explicite, on parle "d'oubli à mesure". Dans cette amnésie, la mémoire à court terme et la mémoire à long terme implicite (procédurale et émotionnelle) sont conservées puisque indépendantes du circuit de Papez. On garde ses compétences mais pas le souvenir de les avoir acquise (l'acquisition concernant la mémoire explicite épisodique).

II L'amnésie rétrograde.
 A la suite d'une lésion, les souvenirs datant d'avant celle-ci s'oublient peu à peu, les souvenir les plus anciens étant les plus résistants à l'oubli. Cette amnésie est associée à des pathologies neurodégénératives comme les démences séniles et la maladie d'Alzheimer. Plus la maladie progresse plus le passé se dissout.

III Le Syndrome de Korsakoff.
 Il est dû à : de l'alcoolisme, tumeurs ischémie, traumatismes crâniens qui provoquent des lésions des corps mamillaires, du thalamus, du fornix, du cortex fromtal et cingulaire . Et il comprend plusieurs aspects :
n des fabulations (faits imaginaires pris pour de véritable souvenirs)
n des fausses reconnaissances (affubler un inconnu de l'identité d'un proche)
n une amnésie rétrograde à gradient temporel : les souvenirs les moins anciens disparaissent les premiers.
n une amnésie antérograde mamillo-thalamique (amnésie diencéphalique) qui à la différence de l'amnésie antérograde hippocampique pourrait être en partie due à un problème de rappel du souvenir. Ceci s'illustre par le fait que le patient n'a pas conscience du souvenir mais exprime ce souvenir de manière réminiscente, par exemple : Le neuropsychiatre suisse Claparede, à l'occasion d'une tournée matinale serre la main d'une patiente amnésique après avoir caché une aiguille dans sa propre main. Le lendemain, la patiente refuse la main qui lui est tendue sans pouvoir se remémorer l'incident qui a provoqué ce refus.
n une désorientation spatio-temporelle due à l'amnésie antérograde : les patients se trompent de date, d'âge, oublient leurs déplacement.

IV Les ictus mnésiques
 Ce sont des amnésies brèves (quelques heures) d'apparition brutale et précédées par une émotion forte. Les ictus apparaissent entre 50 et 70 ans et laissent une amnésie lacunaire de l'épisode.
 Les ictus sont causés par des traumatismes crâniens, l'alcoolisme, les effets secondaires de certains médicaments (Benzodiazépine, anticholinergiques).

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